Parcs éoliens: vont-ils user notre vent et briser nos horizons? (billet d'humeur)

Notre région du sud de l'Entre-Sambre et Meuse est largement convoitée par les promoteurs éoliens. Les projets poussent comme les pâquerettes au printemps, tant qu'il leur reste un peu de place pour fleurir. Il n'y a pas à dire, mais ça fait beaucoup... De mémoire, on note des projets sur Baileux, sur Macon, sur Presgaux, sur Dailly-Gonrieux, sur Forge-Philippe, sur Grandrieu, sur Beaumont-Barbençon, sur Salles/Villers-la-Tour/Monceau-Imbrechies, sur Doische et j'en oublie.. Certes, ce ne sont que des projets et il y a fort à parier que tous n'aboutiront pas. Encore bien. Ils useraient notre vent s'il devaient tous se concrétiser, ces projets de promoteurs qui ne manquent pas d'air...

Cette "tentation éolienne" extrême me suggère quelques réflexions. Ce  n'est pas une remise en question totale du principe. A titre personnel, je reste convaincu qu'il faut trouver une alternative à la production d'électricité par le nucléaire. Celui-ci, au cours des dernières  années, à montré des failles parfois si profondes qu'elles ont provoqué des explosions. Le nucléaire, infaillible? Allons donc! Le nucléaire, pas dangereux? Allons donc! En Ukraine, aux USA, au Japon, en France même, le mot nucléaire évoque autant de malheurs, de drames, d'atteintes à la santé qui porteront des effets pendant des années. Chez nous, à défaut d'accidents, le nombre de  cancers de la thyroïde interpelle. Et tout ce que l'on ne nous dit pas. Et puis, s'il n'était pas dangereux, ce nucléaire, y aurait-il besoin de ces armadas de gardiens, de policiers, de ces innombrables dispositifs de précautions qui amènent d'autres dangers bien plus pervers: ceux empiètent sur nos libertés fondamentales?

Il faut trouver une alternative. Mais celle-ci ne peut se résumer à un seul moyen poussé à l'extrême. Elle doit être crédible et pesée face à d'autres arguments. Elle ne peut être seule à souffler le chaud et le froid dans le secteur de l'énergie. Force est de constater que d'autres moyens, réalistes dans nos régions, ne sont pas assez exploités malgré quelques initiatives dignes d'intérêt. Que fait-on de l'énergie hydraulique sortie de nos petits cours d'eau, de la biomasse issue de nos forêts et de nos lisiers, de la chaleur du sous-sol...? L'éolien apparaît comme une facilité. Et puisque nos régions ne manquent pas d'air, allons-y. Et comme il y a de la place non occupée par les quelques indigènes que nous sommes, allons-y!

L'idéal de l'énergie citoyenne, qui a mûri dans l'esprit de certains écolos, est battu en brèche face à la voracité spéculative des promoteurs. De citoyennes écologistes solidaires, les éoliennes sont devenues de purs produits capitalistiques et la promesse d'un retour citoyen semble n'être qu'un moyen pour amadouer le bon peuple. Combien de populations, même combien de communes, bénéficient d'une rétribution du sacrifice accepté à grand renfort d'euros et de messages rassurants? Et c'est d'autant plus critique que le concept d'une énergie "produite sur place" n'est qu'une illusion: ce n'est pas parce que l'on vit au pied d'une éolienne que l'électricité produite a l'odeur de son pachi.

La prolifération des projets éoliens a de quoi inquiéter nos régions et sa population. Au-delà des phénomènes "nimby" (Never In My Backyard, jamais dans mon jardin), du bruit résultant du brassage des ailes, des effets stroboscopiques, des ondes maléfiques, des sensations néfastes soi-disant ou réellement ressenties, l'ampleur des parcs éoliens menace notre capital le plus précieux et le plus porteur, économiquement (et donc socialement , et donc humainement, parlant). C'est notre environnement, nos crêtes arborées, nos champs de verdure à perte de vue, notre bon air, celui qu'on respire et pas celui qui fait tourner les moulins, notre diversité faunistique et floristique, qui font la richesse de nos régions. Celle-là qui attire les touristes, mais aussi et surtout, celle-là qui attire les jeunes et les invite à rester au pays ou s'y établir. Et des jeunes qui restent, ce sont autant d'enfants, de convivialités, de créativités. Autant de bonheurs et de sourires qui font qu'une région se montre avec chaleur, plaisir et fierté à ceux qui veulent la découvrir.

Alors, les éoliennes, pas trop et discrètement, svp. Ne laissons pas notre bon air s'user au profit du vent , ne laissons pas, au propre comme au figuré, nos horizons se briser au profit des moulins qui brassent l'argent plus que l'air. Gardons nos pouvoirs de citoyens, qui nous  suggèrent de dire non tout en consommant autrement et d'envoyer paître les éoliennes ailleurs que dans nos prés. Le long des autoroutes ou dans les parcs industriels, elles produiront d'autant mieux!

BERNARD THEIS

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