Histoire et patrimoine - Page 3

  • Couvin: le Domaine Saint-Roch est à vendre, mais "il n'y a pas le feu au lac"

    vente St Roch annonce Le Soir.jpgL'annonce parue dans le supplément immobilier du quotidien "Le Soir" du jeudi 5 février ne pouvait qu'interpeler un journaliste blogueur toujours à l'affût de toute trace de "vie" dans sa belle région. Bref, Le Couvinois vous dit quoi...

    Pas de doute à propos de cette annonce titrée "Philippeville sur +-30 ha". On aura reconnu le Domaine Saint-Roch de Couvin, présenté ici en vue aérienne (le lien à cliquer renvoie au site du Domaine). Y sont à vendre: le château, la salle de réception (anciennes écuries) et l'ancien monastère transformé en gîtes. La ferme n'est pas comprise dans la proposition, mais sa vente pourrait être envisagée, l'annonce le précise.

    Ce bel ensemble en grande partie classé appartient à Philippe et Brigitte Roisin: c'est leur père Jean-Pierre qui avait acquis le "Parc Saint-Roch" à l'aube des années 1990. C'est un site chargé d'histoire, qui doit son caractère, beau et homogène, à la prospérité de la métallurgie locale de la fin du 18e et du début du 19e siècle. C'est là que s'illustra notamment Jean-Baptiste Hanonet-Gendarme, métallurgiste novateur tombé en faillite vers 1830 suite aux dettes lui dues par Guillaume d'Orange.

    Donc, Philippe et Brigitte Roisin ont décidé de "vendre". Philippe Roisin nous l'a confirmé. "C'est trop lourd. C'est un chameau à faire avancer. Cela fait 10 ans que nous avons investi de l'énergie dans l'entreprise d'embellissement, de rénovation. Mais cela fait aussi dix ans que nous n'avons plus pris de vacances, laissant passer d'autres aspects de la vie, la nôtre et celle de nos enfants. Notre décision est sereine et nous prendrons pas notre décision dans l'urgence". Ce faisant, les Roisin laissent des portes ouvertes pour toute proposition. "L'idéal serait évidemment un partenariat avec des personnes soucieuses de continuer le travail entamé".

    Aucun sentiment d'échec de la part du couple Roisin. Au contraire. L'histoire récente du site est synonyme de réussites et de gratifications. Les bâtiments ont été successivement réorganisés, rénovés pour être dévolus à des fonctions précises: les anciennes écuries forment une salle de réception magnifique; l'ancien monastère accueille des gîtes superbement aménagés; des plantations ont été effectuées; l'ensemble bâti est serti dans un havre de verdure comprenant vaste étang, échelle à poisson, centrale hydro-électrique discrète, pont-barrage; de nobles préoccupations environnementales ont souvent été les moteurs des rénovations, ce qui a valu au couple des récompenses, certaines prestigieuses (prix Inbev-Latour, notamment). L'entreprise n'est pas finie: "Nous envisageons les choses sereinement, nous continuons le travail. Nous avons des réservations jusqu'en 2017. Le bateau est en route, mais il n'y a pas le feu au lac", nous confie Philippe Roisin.

    Indéniablement, l'ensemble offre de nombreuses possibilités qui seraient d'autant plus valorisées par la présence proche du contournement autoroutier de Couvin. Tout est possible: hébergement, restauration, hôtellerie, organisation de séminaires, journées d'entreprise, résidences, organisations diverses, festivals,... C'est à ceux qui seront décidés et motivés à investir peut-être de l'argent, mais surtout de l'énergie et du cœur.

    Le Domaine Saint-Roch en images: voir l'album. (clic ou ci-contre, fenêtre albums)

    BERNARD THEIS

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  • Couvin: des locaux communaux pour préserver les archives du Dr. André

    Georges André (1922-2010) est parmi les hommes qui auront le plus marquéCul-des-Sarts 50 ans de Au Pays des Rièzes et des Sarts 26 sept 2009 042.JPG
    la région de Couvin et tout particulièrement ce "Pays des Rièzes et des
    Sarts" auquel il tenait tant.
    Evoquer qui était Georges André revient à aligner à n'en plus finir les qualificatifs et superlatifs. En voici quelques-uns.

    Georges André fut médecin. Dans cette région rurale, par nature reculée, ce n'était pas une mince affaire de soigner. Outre une subtile dose de psychologie, il faut pallier les lacunes en matières d'infrastructures hospitalières et sanitaires. Georges André sut faire face à ces manques, se montrant particulièrement audacieux et créatif, aménageant chez lui, à Cul-des-Sarts, laboratoire d'analyse, petit hôpital de campagne, radiographie, autant d'installations qui ont profité à toute la région frontalière en attendant la trop lente évolution des dispositifs de soins de santé.

    Patriote convaincu, parachuté dans les Ardennes au cours de la seconde guerre mondiale, Georges André fut un grand résistant, qui a été honoré d'une multitude de décorations. Homme politique, il fut bourgmestre de Cul-des-Sarts, et de l'entité couvinoise fusionnée. Il fut un élu socialement sensible et ouvert, apportant sa caution ou son soutien à des causes et projets qui laissaient d'autres incrédules ou, pire encore, indifférents.

    Amoureux de sa région, homme de culture pétri d'humanisme, animé par la curiosité, amateur d'histoire locale, Georges André avait été à la base du Musée de la Vie Rurale de Cul-des-Sarts. Il avait aussi avait fondé la revue trimestrielle "Au Pays des Rièzes et des Sarts" dont il fut particulièrement fier de présider le 50e anniversaire, en septembre 2009, quelques mois avant sa mort. Une fierté légitime: ce fut un fameux défi de rechercher et de faire connaître cette histoire ignorée des livres officiels. Quand ceux-ci s'attachaient à relater les faits marquants des grands hommes, la revue trimestrielle s'intéressait aux "petits" faits qui marquent la vie des "petites" gens. Des gens humbles... Et c'est encore vrai aujourd'hui, puisque "Au Pays des Rièzes et des Sarts" continue à se développer grâce à une équipe qui se renouvelle progressivement.

    Quelle vie remplie, attentive aux autres! Quel regard humain posé sur le monde et sa région! Quel homme, Georges André!

    Au cours de cette vie riche, Georges André a accumulé les documents: plans chargés d'histoire, livres de souvenirs, tracts, journaux... Ils ont trait à la vie politique régionale, à la pratique médicale, à la guerre, l'économie, la culture... Georges André a toujours souhaité que cette abondante et parfois rarissime documentation profite aux habitants de la région.
    Une première étape vient d'être franchie dans cette voie. Les archives détenues dans la maison de Georges André viennent d'être entreposées dans deux pièces du site Champagnat à Couvin. Elles sont en voie de tri et de classement, tâche dévolues à MM. Arthur Boulvain  et Raoul Pestiaux, tous deux membres de la revue d'histoire locale. Ce samedi 11 octobre 2014, une petite réception a officialisé cette entreprise de préservation et de mise à disposition des précieux documents. Le président du Cercle des Rièzes et des Sarts, Jacky Mathy, n'a pas manqué de souligné l'envergure de la tâche et de remercier tous celles et ceux qui y avaient prêté leurs concours et tout particulièrement les deux filles du Docteur, Barbara et Carole, ainsi que Mme Micheline, qui fut son assistante dévouée.

    Il reste encore des archives à ramener du Musée de la Vie Rurale, qui accueille actuellement une exposition de grande qualité. Celle-ci apporte un "plus" aux nombreux objets, mobiliers, documents qui forment la richesse permanente de cet intéressant musée. 

    Pour un renseignement historique, ou pour éventuelle consultation des archives, on peut s'adresser au secrétaire, M. Raoul Pestiaux,  060/34 53 92.

    BERNARD THEIS

    Archives G André 20141011 montage.JPG

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  • Couvin: devoir de mémoire et message de paix dans l'émotion

    "Le sang versé par les uns et les autres doit être une semence pour la paix et l'amitié": ce sont les paroles et l'esprit que l'on retiendra de l'émouvant hommage rendu ce jeudi 9 octobre à Couvin devant la stèle dédiée à l'abbé vicaire de Couvin  Paul Gilles, tué par les Allemands le 26 août 1914.

    Hommage Gilles 20141009 015 .JPGAoût 1914. La guerre fait rage et, partout, des excès sont commis, avec pour conséquences autant de victimes innocentes. Pourquoi, le 26 août 1914, les Allemands s'en sont-ils pris à l'abbé Paul Gilles, vicaire de Couvin? Rien ni personne ne pourra répondre, sinon sur base de suppositions. L'abbé aurait-il fait la morale aux envahisseurs allemands, pénétrant en ville, perquisitionnant dans les maisons et dans le presbytère sans aucune autorisation et aucune justification plausible, sinon celle de la "logique guerrière"? L'homme à la soutane noire, symbole de son attachement au catholicisme, s'est-il heurté à un petit caporal zélé qui ne partageait pas cette religion? A défaut de raisons plausibles les expliquant, les faits sont clairs: l'abbé Paul Gilles fut frappé, blessé aux jambes par balles, jeté agonisant sur un chariot. Et quand "on" jugea que cette présence retardait le charroi, "on" donna l'ordre de "régler le problème". Des coups de feu retentirent et des soldats allemands virent le corps de l'abbé, enroulé dans sa soutane noire, dévaler le talus bordant la route nationale menant de Couvin à Brûly.

    Parmi les soldats allemands témoins de ce meurtre, Jakob Mauel (1887-1959). Il était à Couvin ce jour-là, comme observateur d'artillerie et a vu les faits meurtriers sans en comprendre les raisons. Cet assassinat l'a meurtri pendant le reste de sa vie et il a souvent confié ses regrets et fait part de son incompréhension à son fils Ludwig, né en 1931.

    Bien plus tard, le hasard fit se rencontrer, à Bonn, dans le mouvement européen dont ils faisaient tous deux partie, Ludwig Mauel et Marcel Delvaux, ce Couvinois devenu correspondant de la RTBf radio en Allemagne. Et de cette rencontre entretenue vint le souhait de M. Mauel de se rendre sur les lieux des faits dont son père avait exprimé les regrets.

    C'est l'origine de l'hommage rendu ce jeudi vers 13h30 devant la stèle dédiée à l'abbé Gilles. Une cérémonie qui s'est déroulée en présence non seulement de MM. Delvaux et Mauel cités ci-dessus, mais aussi de M. Klaus Weber, ami de M. Mauel et historien, de M. Marc Gilles, petit-neveu de l'abbé vicaire couvinois, et de M. Douniaux, bourgmestre de Couvin. Diverses autres personnalités étaient présentes, invitées par le cercle d'histoire "Au Pays des Rièzes et des Sarts". C'est le président du Cercle, M. Jacky Mathy, qui a pris la parole pour rappeler les faits commis le 26 août 1914 et saluer la présence des amis allemands.

    Ceux-ci, particulièrement M. Mauel, étaient visiblement émus par cet hommage et cette visite souhaitée depuis longtemps. Et s'ils sont repartis avec un sentiment de soulagement et de devoir accompli, ils laissent à Couvin un immense message de paix teinté de profonde humanité et d'une admirable humilité. "Nous sommes venus pour vous demander pardon", a déclaré M. Weber, qui s'exprimait en un français plus que correct. "Les petites pierres dans l'eau font de grands cercles et le sang versé par les uns et les autres doit être une semence pour la paix et l'amitié." Plus de cent ans après les faits, ce message résonne avec grande espérance.

    BERNARD THEIS

     Ci-dessous: photos et vidéo

    Hommage Gilles 20141009 .JPG

     

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