guerre 14-18

  • Couvin: devoir de mémoire et message de paix dans l'émotion

    "Le sang versé par les uns et les autres doit être une semence pour la paix et l'amitié": ce sont les paroles et l'esprit que l'on retiendra de l'émouvant hommage rendu ce jeudi 9 octobre à Couvin devant la stèle dédiée à l'abbé vicaire de Couvin  Paul Gilles, tué par les Allemands le 26 août 1914.

    Hommage Gilles 20141009 015 .JPGAoût 1914. La guerre fait rage et, partout, des excès sont commis, avec pour conséquences autant de victimes innocentes. Pourquoi, le 26 août 1914, les Allemands s'en sont-ils pris à l'abbé Paul Gilles, vicaire de Couvin? Rien ni personne ne pourra répondre, sinon sur base de suppositions. L'abbé aurait-il fait la morale aux envahisseurs allemands, pénétrant en ville, perquisitionnant dans les maisons et dans le presbytère sans aucune autorisation et aucune justification plausible, sinon celle de la "logique guerrière"? L'homme à la soutane noire, symbole de son attachement au catholicisme, s'est-il heurté à un petit caporal zélé qui ne partageait pas cette religion? A défaut de raisons plausibles les expliquant, les faits sont clairs: l'abbé Paul Gilles fut frappé, blessé aux jambes par balles, jeté agonisant sur un chariot. Et quand "on" jugea que cette présence retardait le charroi, "on" donna l'ordre de "régler le problème". Des coups de feu retentirent et des soldats allemands virent le corps de l'abbé, enroulé dans sa soutane noire, dévaler le talus bordant la route nationale menant de Couvin à Brûly.

    Parmi les soldats allemands témoins de ce meurtre, Jakob Mauel (1887-1959). Il était à Couvin ce jour-là, comme observateur d'artillerie et a vu les faits meurtriers sans en comprendre les raisons. Cet assassinat l'a meurtri pendant le reste de sa vie et il a souvent confié ses regrets et fait part de son incompréhension à son fils Ludwig, né en 1931.

    Bien plus tard, le hasard fit se rencontrer, à Bonn, dans le mouvement européen dont ils faisaient tous deux partie, Ludwig Mauel et Marcel Delvaux, ce Couvinois devenu correspondant de la RTBf radio en Allemagne. Et de cette rencontre entretenue vint le souhait de M. Mauel de se rendre sur les lieux des faits dont son père avait exprimé les regrets.

    C'est l'origine de l'hommage rendu ce jeudi vers 13h30 devant la stèle dédiée à l'abbé Gilles. Une cérémonie qui s'est déroulée en présence non seulement de MM. Delvaux et Mauel cités ci-dessus, mais aussi de M. Klaus Weber, ami de M. Mauel et historien, de M. Marc Gilles, petit-neveu de l'abbé vicaire couvinois, et de M. Douniaux, bourgmestre de Couvin. Diverses autres personnalités étaient présentes, invitées par le cercle d'histoire "Au Pays des Rièzes et des Sarts". C'est le président du Cercle, M. Jacky Mathy, qui a pris la parole pour rappeler les faits commis le 26 août 1914 et saluer la présence des amis allemands.

    Ceux-ci, particulièrement M. Mauel, étaient visiblement émus par cet hommage et cette visite souhaitée depuis longtemps. Et s'ils sont repartis avec un sentiment de soulagement et de devoir accompli, ils laissent à Couvin un immense message de paix teinté de profonde humanité et d'une admirable humilité. "Nous sommes venus pour vous demander pardon", a déclaré M. Weber, qui s'exprimait en un français plus que correct. "Les petites pierres dans l'eau font de grands cercles et le sang versé par les uns et les autres doit être une semence pour la paix et l'amitié." Plus de cent ans après les faits, ce message résonne avec grande espérance.

    BERNARD THEIS

     Ci-dessous: photos et vidéo

    Hommage Gilles 20141009 .JPG

     

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